Accueil » Partenaires » La SHAA au service des handicapés visuels

La SHAA au service des handicapés visuels

« Assurer la défense des droits et des intérêts de la population handicapée visuelle », telle est la mission que s’est assignée la Société haïtienne d’Aide aux aveugles (SHAA). Cependant, ne bénéficiant pas de subvention de l’Etat, la SHAA survit grâce à la générosité de quelques ONG internationales et de rares institutions locales. Et dire qu’elle évolue dans un environnement où le non voyant est perçu comme un « déshérité du sort » et non comme une personne à réhabiliter et rendre fonctionnel, sa tâche n’est pas des plus reposantes.

« J’avais suivi un séminaire de formation en 1991. Celui-ci a révélé que je travaille comme n’importe quel voyant. Depuis lors, je suis embauché ici comme instructeur », dit fièrement Gerald Dardignac, handicapé visuel. Celui-ci travaille à titre d’instructeurs en réhabilitation depuis 1991. Et avec sa démarche alerte et sa facilité à gravir les escaliers, Gerald laisse difficilement paraître son handicapé visuel. Seules sa canne et ses lunettes noires le trahissent.

Gerald est un prototype du handicapé « indépendant et fonctionnel ». Il est un produit de la SHAA qui se propose de travailler en vue de changer la perception qu’on a des handicapés visuels. Ceux-ci ne doivent guère être considérés comme « des gens que l’on doit prendre en pitié mais des personnes qu’il faut réhabiliter ».

Pour permettre aux aveugles de fonctionner, comme Gerald, dans « le respect et la dignité », la SHAA dispose d’instructeurs en réhabilitation répartis sur huit des 10 départements géographiques du pays.

Une action diversifiée

Ces instructeurs travaillent sur le terrain, avec des agents de santé, des aveugles et parents d’aveugles, des associations paramédicales et autres groupements ou institutions. Le travail de réhabilitation communautaire de la SHAA couvre des domaines divers. Il englobe des visites de prospection et de suivi, des enquêtes continues pour repérer les aveugles, des séminaires sur la gestion de microprojets, le financement de micro entreprises génératrices de revenus, la recherche d’opportunités de travail auprès des entreprises privées et publiques, le soutien à l’apprentissage professionnel, la promotion de l’alphabétisation au moyen du système Braille.

La SHAA organise par ailleurs des activités de sensibilisation visant à prévenir la cécité, et réalise des évaluations ophtalmologiques et des opérations de cataracte. Pour l’année 2007, les actions de la SHAA ont touché « un total de 50.014 personnes ». Le nombre de bénéficiaires des services de réhabilitation se chiffre à 570 (dont 326 femmes et 244 hommes).

L’institution se propose aussi de permettre aux enfants handicapés visuels de bénéficier d’une éducation de qualité dans un cadre régulier. Cette éducation offerte aux aveugles et mal voyants se veut intégrée. Aussi, les bénéficiaires fréquentent-ils les mêmes établissements scolaires que les élèves ne souffrant aucune déficience visuelle.

Dans ces écoles, les élèves obtiennent le soutien d’un professeur itinérant qui leur apprend à manipuler les équipements ou à se déplacer. Ils reçoivent aussi de l’aide dans les matières dans lesquelles ils présentent des difficultés. Le professeur itinérant dispense aussi aux professeurs des rudiments de formation sur la façon de dispenser des cours aux non voyants.

De même, la SHAA fournit un encadrement psychopédagogique aux élèves aveugles en difficulté d’adaptation. Elle organise des séminaires de formation en éducation spécialisée, fournit du matériel adapté aux élèves non voyants et paie leurs frais de scolarisation. Un transcripteur met en braille les livres réguliers et les examens. La Société haïtienne d’Aide aux aveugles offre également des services d’alphabétisation et post alphabétisation au bénéfice des adultes non voyants.

Pour mener a bien sa mission, l’institution dispose d’une bibliothèque spécialisée baptisée bibliothèque « Roger Dorsainvil », du nom d’un ancien historien haïtien, qui était devenu aussi un handicapé visuel. Cette bibliothèque dispose d’un fonds de 3.297 ouvrages dont 940 en écriture braille, 1402 ouvrages sonores et 955 ouvrages réguliers.

La Société haïtienne d’Aide aux aveugles s’investit également dans la promotion de la femme haïtienne aveugle. A titre d’exemple, elle fournit entre autres un soutien légal aux femmes aveugles victimes de préjugés et de violence, leur dispenser des cours spéciaux d’arts ménagers. Elles bénéficient également des prêts pour des activités à caractère économique.

Autre intervention de la SHAA est l’assistance aux aveugles démunis. Cette assistance prend la forme de parrainage de leurs enfants, de l’amélioration de leur habitat, de l’encadrement des aveugles âgés, entre autres.

Pour fonctionner, la SHAA a dû surtout compter sur des ONG internationales. Hormis la Commission d’Appui à l’Adaptation Scolaire, un service du Ministère de l’Education nationale qui vient en soutien aux handicapés visuels notamment lors des examens officiels, l’Etat n’intervenait pas dans ce domaine.

Aussi, la SHAA reçoit-elle l’aide des institutions comme Caribbean Council for the Blind, Christopher Blinden Mission (CBM), l’Union francophone des aveugles (UFA) qui lui fournit, depuis deux ans, 10 bourses pour des non voyants. De Catholic Relief Service (CRS) et de Food for the Poor, elle reçoit des produits alimentaires. Tandis que la world Vision lui fournit des vêtements, des articles ménagers et de toilette.

Au niveau local, elle reçoit parfois l’aide de la Banque de la République d’Haïti (la banque centrale) et de la « Fondasyon Konesans ak Libèté (FOKAL) » qui approvisionne la bibliothèque.

Des difficultés considérables

Si la Société haïtienne d’Aide aux aveugles parvient à poursuivre sa mission, force est de reconnaître qu’elle est confrontée à des problèmes de tous ordres. En effet, dans les écoles de formation des instituteurs, il n’y a pas de modules sur l’éducation spécialisée. Aussi, faute de ressources humaines disponibles, de nombreux enfants n’ont pas accès à l’éducation. Même les formateurs de l’institution ne bénéficient pas, à une cadence régulière, des programmes de recyclage.

Elle est aussi confrontée à des problèmes de matériel adapté comme des cannes. Alors que la SHAA n’a pas les moyens de s’en procurer, l’Etat n’en distribue pas.

L’institution ne dispose pas de transcripteurs en quantité suffisante pouvant aider à mettre en braille les examens lorsqu’il y a une forte demande. En outre, étant dans des écoles dispersées géographiquement, les handicapés visuels sont confrontés à des problèmes de transport.

La bibliothèque dispose d’un espace exigu. Ceci oblige à accueillir les usagers par roulement. En outre, renouveler son stock est impossible car les ouvrages disponibles ne sont pas traduits en braille. « Le pays ne dispose pas d’ateliers de reproduction en braille ou s’occupant de l’enregistrement d’ouvrages sur bandes sonores. Donc, même si on pouvait payer, on n’allait pas avoir de services », se plaint Eliphète Myrthil, responsable de la bibliothèque du Centre.

Et M. Myrthil de poursuivre : « j’aimerais qu’on se penche sur le cas de cette bibliothèque pour la rendre performante au bénéfice des handicapés. Nous sommes conscients des besoins mais impuissants à y faire face ».

Des difficultés qui poussent Laurencin Souvien, animateur à la bibliothèque, à faire remarquer que « les handicapés ont des droits comme tout le monde mais en Haïti, ils sont très peu respectés ». Pour Franck Saint Fleur, un handicapé visuel qui fait office de transcripteur à la SHAA, « en Haïti, le respect des droits des handicapés est une fiction. L’Etat n’a pas encore pris les mesures pour traiter les handicapés comme des personnes ».

Toutefois, avec la création de la Secrétairerie d’Etat à l’intégration des personnes handicapées, l’Etat semble vouloir prendre mieux prendre en compte la situation de ce groupe social.

« La Secrétairerie d’Etat n’existe que depuis un an. Cependant dans la mesure de nos possibilités, nous apportons un support à cette institution dont j’ai moi-même été le coordonateur national. Nous leur octroyons, sur une base ponctuelle, des subventions. De plus, la Banque de la République d’Haïti donne mensuellement à l’institution la somme de 15.000 gourdes », a informé le Secrétaire d’Etat, le Docteur Michel Péan.

Des projets sont en cours, renseigne encore le Secrétaire d’Etat. « Les projets sont divers et certains ont déjà été réalisés, notamment la sensibilisation de la population à la problématique des handicapés visuels. Par ailleurs nous offrons un support matériel aux écoles de non voyants, notamment celle des Cayes ».

La Société haïtienne d’Aide aux aveugles a été créée le 23 février 1952. Elle dispose d’un effectif avoisinant 2000 membres. Son intervention, cependant, s’adresse à tous les handicapés visuels, qu’ils soient membres ou non.


Voir le site